{"id":1697,"date":"2006-06-28T15:41:06","date_gmt":"2006-06-28T15:41:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/2006\/06\/28\/2006-06-28-104-souvenirs-du-maroc\/"},"modified":"2006-06-28T15:41:06","modified_gmt":"2006-06-28T15:41:06","slug":"2006-06-28-104-souvenirs-du-maroc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/2006\/06\/28\/2006-06-28-104-souvenirs-du-maroc\/","title":{"rendered":"Souvenirs du Maroc"},"content":{"rendered":"<p>Enfin les photos du Maroc&#8230; Apr\u00e8s les avoir vues, vous comprendrez pourquoi ce pays m&rsquo;a touch\u00e9, et pourquoi j&rsquo;y retournerai un jour, <b>\u00ab\u00a0Inch Allah\u00a0\u00bb<\/b>, si Dieu le veut. Il me reste encore en r\u00e9serve beaucoup de photos, mais vous pourrez retrouver dans ce diaporama le best-of de mes prises de vue. Si les photos sont belles, ce n&rsquo;est pas gr\u00e2ce \u00e0  mon petit Fujifim num\u00e9rique, non. C&rsquo;est parce que <b>le Maroc est beau, ouvert et insaisissable<\/b> \u00e0  la fois. Il ne vous laisse pas le choix de l&rsquo;aimer, il vous tient la main et vous montre, doigts point\u00e9s vers ses horizons color\u00e9s, toute sa splendeur. <b>Sur la route de Tafraoute<\/b>, nous faisions des pauses avec notre guide, notre ami Mohamed, pour profiter du paysage. Souvent, j&rsquo;\u00e9tais sans voix, \u00e9mue, saisie par tant de gr\u00e2ce. Ici encore, la nature prend le dessus sur l&rsquo;homme, et j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il saura la pr\u00e9server. Chaque jour, une odeur, un souvenir, un mot me rappelle ce pays. Je ne peux que vous inviter \u00e0  le visiter. Chacun fait comme il le souhaite, mais je vous conseille d&rsquo;\u00e9viter les circuits touristiques bien r\u00f4d\u00e9s. Choisissez un guide local qui vous montrera le vrai Maroc, mangez chez l&rsquo;habitant, sillonnez le d\u00e9sert, arr\u00eatez-vous pour contempler la faune et la flore, regardez des artisans travailler le cuir, l&rsquo;argent, la terre et donnez-vous la chance de le voir tel qu&rsquo;il est : sauvage, inattendu et accueillant.<\/p>\n<p>       <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/tiznit.JPG\" alt=\"\" \/> <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/enfants.JPG\" alt=\"\" \/><br \/>\n<!--more--><br \/>\n<br \/>\n <b>A Agadir, la veille de notre excursion<\/b><\/p>\n<p> <em>\u00ab\u00a0Vous allez \u00e0 Tafraoute ?&#8230; C&rsquo;est beau l\u00e0 -bas, mais c&rsquo;est chaud !\u00a0\u00bb<\/em> me dit en souriant le serveur de l&rsquo;h\u00f4tel o\u00f9 nous \u00e9tions.<br \/>\n Moi : <em>\u00ab\u00a0Comment cela \u00ab\u00a0chaud\u00a0\u00bb&#8230;, vous voulez dire dangereux ?!\u00a0\u00bb<\/em> <br \/>\n Il rit en regardant discr\u00e8tement son chef de rang et me r\u00e9pond : <em>\u00ab\u00a0Je pensais que vous vous auriez chaud plut\u00f4t l\u00e0 -bas dans l&rsquo;Anti-Atlas, les europ\u00e9ens craignent toujours le soleil. Mais sinon oui, la route vers Tafraoute est un peu dangereuse, il y a beaucoup de virages, mais vous verrez l\u00e0 -bas le vrai Maroc, celui de la beaut\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb<\/em> <\/p>\n<p> Sur ces mots, je suis rest\u00e9e en apn\u00e9e, mon assiette de tajine \u00e0  la main, les jambes clou\u00e9es au sol. C&rsquo;\u00e9tait le dimanche soir et le lendemain matin \u00e0  8h30, un certain Mohamed nous attendrait devant l&rsquo;h\u00f4tel pour une \u00ab\u00a0petite vir\u00e9e\u00a0\u00bb. J&rsquo;en ai r\u00eav\u00e9e toute la nuit&#8230; Je disais \u00e0  mon homme-ours \u00ab\u00a0mais c&rsquo;est g\u00e9nial, c&rsquo;est l&rsquo;aventure un peu quand m\u00eame non ? Imagines-nous en haut des montagnes, au milieu de nul part, au milieu de tout.\u00a0\u00bb Je me suis endormie tr\u00e8s vite, peut-\u00eatre parce que je sentais qu&rsquo;il fallait recharger les batteries pour \u00eatre en forme le lendemain. Je me rappelle avoir r\u00eav\u00e9 toute la nuit de paysages improbables aux couleurs ocres&#8230; Le lendemain matin, Mohamed nous attendait en bas de l&rsquo;h\u00f4tel, sourire radieux. A l&rsquo;instant m\u00eame, j&rsquo;ai senti que cet homme allait nous faire voir du pays. Ce sentiment a d\u00e9pass\u00e9 mes esp\u00e9rences, il s&rsquo;est v\u00e9rifi\u00e9 tout au long de notre s\u00e9jour, inoubliable.<\/p>\n<p>\n     <object classid=\"clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000\" codebase=\"http:\/\/fpdownload.macromedia.com\/pub\/shockwave\/cabs\/flash\/swflash.cab#version=7,0,0,0\" width=\"650\" height=\"550\" id=\"galerie01\" align=\"middle\"><param name=\"allowScriptAccess\" value=\"sameDomain\" \/><param name=\"movie\" value=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/galerie01.swf\" \/><param name=\"quality\" value=\"high\" \/><param name=\"bgcolor\" value=\"#ffffff\" \/><embed src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/galerie01.swf\" quality=\"high\" bgcolor=\"#ffffff\" width=\"650\" height=\"550\" name=\"galerie01\" align=\"middle\" allowScriptAccess=\"sameDomain\" type=\"application\/x-shockwave-flash\" pluginspage=\"http:\/\/www.macromedia.com\/go\/getflashplayer\" \/><\/object><\/p>\n<p>\n <strong>Les traditions culinaires<\/strong><\/p>\n<p> Notre attente \u00e9tait la suivante : <strong>voir du pays, sortir des sentiers battus, voir le beau et le rare, l&rsquo;insolite et le traditionnel<\/strong>. Face \u00e0  cette requ\u00eate, Mohamed a pris la casquette d&rsquo;un initiateur culturel et la mise en pratique fut parfois cocasse. Le premier jour, nous sommes partis vers <strong>Tiout<\/strong>, un village berb\u00e8re situ\u00e9e vers Tiznit. A 9h00, il faisait d\u00e9j\u00e0  chaud. Nous avons achet\u00e9 <strong>un pack de Sidi Ali<\/strong>, l&rsquo;eau de source marocaine et en hop, en voiture. Sur la route, mes yeux regardaient ces mulets transportant une montagne de l\u00e9gumes allant vers le souk d&rsquo;Agadir. Dans la r\u00e9gion d&rsquo;Agadir, il pleut 15 jours par an. Comment ces paysans pouvaient produire autant de l\u00e9gumes avec si peu d&rsquo;eau ? La terre l\u00e0 -bas y est riche, et l&rsquo;eau y est drain\u00e9e depuis la mer, situ\u00e9e \u00e0  quelques kilom\u00e8tres des villes.<\/p>\n<p> Arriv\u00e9s \u00e0  Tiout, nous avons bu <strong>un th\u00e9 \u00e0  la menthe<\/strong> chez un habitant proposant des repas. Apr\u00e8s une longue balade dans l&rsquo;oasis qui entoure le village, nous avons regard\u00e9 m\u00e9thodiquement manger Mohamed. Un quart de <strong>pain plat<\/strong> en guise d&rsquo;assiette, et de la main droite, nous avons go\u00fbt\u00e9 au <strong>tajine de poulet<\/strong> qui \u00e9tait face \u00e0  nous. On ne se sert pas dans le plat avec la main gauche, car celle-ci est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0  la toilette. Eh bien, sachez que ce n&rsquo;\u00e9tait pas facile pour nous, pauvres europ\u00e9ens accoutum\u00e9s \u00e0  la fourchette ! D\u00e9j\u00e0  on se br\u00fble un peu les doigts, et avec une main, c&rsquo;\u00e9tait encore moins \u00e9vident ! Le must, c&rsquo;est lorsque nous avons attaqu\u00e9 <strong>le couscous \u00e0  l&rsquo;agneau<\/strong>&#8230; Manger de la semoule avec une main requiert un savoir-faire, de l&rsquo;exp\u00e9rience. Il faut prendre la semoule au bord du plat et la presser dans la paume de la main, pour qu&rsquo;elle prenne la forme d&rsquo;une quenelle et directement dans la bouche. A la fin du repas, j&rsquo;en avais autant que ma fille lorsqu&rsquo;elle mangeait ses pur\u00e9es b\u00e9b\u00e9. J&rsquo;en ris encore d&rsquo;ailleurs. Et comme l&rsquo;indique la tradition, nous nous sommes rin\u00e7\u00e9s les mains \u00e0  l&rsquo;aide d&rsquo;une cruche remplie d&rsquo;eau, avec une bassine en dessous. A la fin de notre s\u00e9jour, nous \u00e9tions compl\u00e9ment \u00e0  l&rsquo;aise face \u00e0  un couscous, m\u00eame plus peur !<\/p>\n<p>\n                      <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/potsterre.JPG\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p> <strong>Mes coups de coeur<\/strong> <\/p>\n<p> Les plats marocains sont extr\u00eamement complets : <strong>viandes, poissons, l\u00e9gumes secs, l\u00e9gumes verts, fruits frais et secs, herbes ar\u00f4matiques, \u00e9pices<\/strong>&#8230; Chaque repas fut un r\u00e9gal pour nos papilles. Parmi les saveurs dont je me souviendrais bien lontemps, celle de <strong>la ch\u00e8vre nourrie \u00e0  l&rsquo;arganier<\/strong>. Le mardi, nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s \u00e0  Sidi Bibi acheter de cette viande pour la redonner quelques heures apr\u00e8s \u00e0  Fatima, une berb\u00e8re proposant des repas chez elle, vers Tiznit. Apr\u00e8s notre petite vir\u00e9e dans le d\u00e9sert, j&rsquo;\u00e9tais affam\u00e9e. Fatima n&rsquo;avait pas ch\u00f4m\u00e9, elle avait cuisin\u00e9 le morceau de ch\u00e8vre dans <strong>un tajine avec des courgettes, des carottes et des pommes de terre<\/strong>. Si je vous disais que la viande avait un go\u00fbt d&rsquo;amande, me croiriez-vous ? Une saveur incroyablement d\u00e9licate, une tendret\u00e9 surprenante, bref une r\u00e9v\u00e9lation. Et puis, je repense \u00e0  <strong>ces amandes achet\u00e9es \u00e0  une paysanne dans les montagnes de l&rsquo;Anti-Atlas<\/strong>. Assise sur un rocher \u00e0  l&rsquo;ombre d&rsquo;un amandier, cette femme vendait des petits cornets. Croquantes et parfum\u00e9es, j&rsquo;ai cru que c&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois de ma vie que j&rsquo;en mangeais. Un concentr\u00e9 de nature \u00e0  l&rsquo;\u00e9tat brut. Tout comme <strong>les d\u00e9licieux jus d&rsquo;oranges press\u00e9es<\/strong> \u00e0  la demande dans les bars et restaurants. <\/p>\n<p> Autre coup de coeur, <strong>le miel d&rsquo;euphorbe<\/strong>. A Tafraoute le mercredi, sur le march\u00e9, un apiculteur local nous a fait go\u00fbter de ce miel produit par des abeilles butinant la fleur de cette vari\u00e9t\u00e9 de cactus. Sur son \u00e9tal, une bonne centaine d&rsquo;abeilles virevoltaient autour de nous. On reste tranquille, persuad\u00e9s que ces abeilles \u00e9taient inoffensives. J&rsquo;ai juste tremp\u00e9 le doigt dans le pot de miel&#8230; je crois que je n&rsquo;ai jamais mang\u00e9 un miel aussi fort, aussi brut. Au Maroc, il est utilis\u00e9 pour ses vertus m\u00e9dicinales. Un mal de gorge, une baisse de forme, une grippe, et une cure de miel d&rsquo;euphorbe vous requinque sans probl\u00e8me. Un autre apiculteur nous a propos\u00e9 son <strong>miel de montagne<\/strong>. Dans son pot de 5 kg, il y avait plus de rayons de cire que de miel. J&rsquo;h\u00e9site un peu, ne sachant pas si je pouvais les manger. L&rsquo;apiculteur et Mohamed me font signe de go\u00fbter, alors OK. Le miel \u00e9tait tr\u00e8s doux et parfum\u00e9. Quant aux rayons de cire, quelle \u00e9trange sensation de passer sa langue dans une alv\u00e9ole&#8230; Quelques secondes plus tard, j&rsquo;avais mang\u00e9 tout le miel et il me restait un chewing-gum de cire que j&rsquo;ai gard\u00e9 longtemps, il avait pour avantage de nettoyer les dents ! Sur ce m\u00eame march\u00e9, j&rsquo;ai achet\u00e9 \u00e0  une jeune paysanne de <strong>la farine de jujubier<\/strong>. Le jujubier est un arbuste qui produit une sorte de petites cacahu\u00e8tes dont les enfants rafollent. Avec cette farine, je ferai un d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;Amlou, cette fameuse <strong>confiture d&rsquo;amandes \u00e0  l&rsquo;huile d&rsquo;argan<\/strong> dont je vous parlais dans un pr\u00e9c\u00e9dent billet.<\/p>\n<p>\n <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/routetafraoute.JPG\" alt=\"\" \/> <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/palmier.JPG\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p> <strong>Le repas, symbole de partage et de convivialit\u00e9<\/strong><\/p>\n<p> <em>\u00ab\u00a0Chez nous, il faut que tu puisses aider les voisins qui entourent les quatre coins de ta maison. Si un jour ils ont des probl\u00e8mes d&rsquo;argent et qu&rsquo;ils ont faim, c&rsquo;est ton devoir de les aider, de les inviter chez toi. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pour cela que nos f\u00eates, comme celle du mouton ou un mariage, se font avec beaucoup de personnes. Quelqu&rsquo;un passe la t\u00eate, et on l&rsquo;invite \u00e0  boire le th\u00e9 et \u00e0  manger le Kebab ! La nourriture permet de cr\u00e9er des liens, on a besoin de ces deux choses pour vivre\u00a0\u00bb.<\/em> <\/p>\n<p> Mohamed a bien raison. J&rsquo;ai toujours pens\u00e9 qu&rsquo;un repas permettait de d\u00e9lier les langues, de faire mieux connaissance. Mais au Maroc, cela va au-del\u00e0  de \u00e7a. On se rend service, sans aucune attente d&rsquo;\u00eatre r\u00e9invit\u00e9. Ici, pas question de noter les invitations sur une \u00ab\u00a0ardoise\u00a0\u00bb, on ne compte pas, <strong>on donne et on re\u00e7oit \u00e9norm\u00e9ment<\/strong>. Le mardi soir, mon homme-ours et moi \u00e9tions invit\u00e9s chez Mohamed. A peine deux jours d&rsquo;excursion avec lui et il nous ouvrait d\u00e9j\u00e0  la porte de sa maison. Nous attendaient au seuil sa femme et ses filles, sa m\u00e8re, sa soeur et une amie voisine, sourires radieux, yeux timides. En sortant de la voiture, j&rsquo;avais les jambes qui tremblaient, mais j&rsquo;aimais ce sentiment, j&rsquo;\u00e9tais heureuse. Je ne parle ni l&rsquo;arabe ni le berb\u00e8re, mais j&rsquo;ai appris quelques coutumes pour montrer ma joie. <strong>Je rentre dans cette maison du pied droit<\/strong>, pour apporter mes ondes positives <strong>\u00ab\u00a0<em>A s\u00e2lam aleikoum&#8230; wa aleikoum as\u00e2lam\u00a0\u00bb<\/em>.<\/strong> Le courant passe tout de suite. Mohamed nous fait directement visiter sa maison. Il insiste particuli\u00e8rement sur la chambre d&rsquo;amis : <em>\u00ab\u00a0Si des amis ont besoin un jour, ils savent qu&rsquo;ils peuvent \u00eatre accueillis chez moi<\/em>\u00ab\u00a0. Le message est pass\u00e9 ! <\/p>\n<p> Tr\u00e8s vite, nous nous installons sur un tapis berb\u00e8re, petite table en bois face \u00e0  nous. La femme, la soeur et la m\u00e8re de Mohamed reviennent avec <strong>des galettes de pain<\/strong> et plein de petits bols. A l&rsquo;instar des canadiens avec leurs trempettes, des anglais avec leurs dips, le syst\u00e8me, c&rsquo;est de tremper des bouts de pain dans ces bols remplis de <strong>beurre clarifi\u00e9<\/strong> (<em>smen<\/em>), de <strong>confiture d&rsquo;amandes \u00e0  l&rsquo;huile d&rsquo;argan<\/strong> <em>(amlou)<\/em>, <strong>d&rsquo;huile d&rsquo;olive<\/strong>, et <strong>de miel<\/strong> (encore avec des rayons).<\/p>\n<p>\n <strong>Du henn\u00e9 sur mes cheveux et sur ma peau<\/strong><\/p>\n<p> Le lundi matin, je lui avais demand\u00e9 de m&rsquo;indiquer un coiffeur o\u00f9 je pourrais me faire faire un henn\u00e9. Le lundi soir, il lan\u00e7ait son invitation en me disant : \u00ab\u00a0<em>Maman te fera le henn\u00e9, elle le fait bien&#8230;\u00a0\u00bb<\/em> Moi : \u00ab\u00a0<em>Oh je ne te demandais cela pour \u00e7a ! Ca va lui faire du travail, je suis g\u00ean\u00e9e !<\/em> \u00a0\u00bb Mohamed, avec son sourire constant me r\u00e9pondait : <em>\u00ab\u00a0Ca va plut\u00f4t lui faire plaisir et elle sera contente de te rencontrer.\u00a0\u00bb<\/em> Le lendemain soir, j&rsquo;\u00e9tais assise \u00e0  c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, je la regardais pr\u00e9parer le henn\u00e9. Avant de me l&rsquo;appliquer, elle s&rsquo;assura qu&rsquo;aucun homme n&rsquo;\u00e9tait dans la pi\u00e8ce et retira son foulard de ses cheveux pour me les montrer. Je fus touch\u00e9e, car je savais que c&rsquo;\u00e9tait un signe d&rsquo;amiti\u00e9 pour cette femme d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;ann\u00e9es qui se retrouvait face \u00e0  une europ\u00e9enne d&rsquo;\u00e0  peine trente ans. En 5 minutes, elle m&rsquo;appliquait la mixture kaki et coulante sur les cheveux. J&rsquo;ai l&rsquo;habitude de l&rsquo;odeur, je m&rsquo;en fais souvent, seulement j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 surprise par la rapidit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution. A mon tour, j&rsquo;ai port\u00e9 le foulard sous le regard amus\u00e9 et joyeux des femmes qui m&rsquo;entouraient.<\/p>\n<p> J&rsquo;avais \u00e9galement demand\u00e9 \u00e0  Mohamed s&rsquo;il connaissait quelqu&rsquo;un qui pratiquait <strong>les tatouages au henn\u00e9<\/strong>. Fatna, une amie et voisine de la famille, \u00e9tait pr\u00e9sente ce soir l\u00e0 . Apr\u00e8s l&rsquo;ap\u00e9ritif, elle a dessin\u00e9 sur mes mains et mes pieds de magnifiques arabesques. J&rsquo;ai pu les avoir aux pieds car je suis une femme vivant avec un homme. Id\u00e9alement j&rsquo;aurai d\u00fb \u00eatre mari\u00e9e, mais Fatna a fait une exception. Avec une seringue tr\u00e8s fine, elle a donc recouvert ma peau de henn\u00e9. Dix minutes apr\u00e8s, je sentais ma peau br\u00fbler, c&rsquo;\u00e9tait normal. Les femmes m\u00e9langent le henn\u00e9 avec une sorte d&rsquo;alcool pour mieux fixer le tatouage. Ma position n&rsquo;\u00e9tait pas confortable, j&rsquo;ai d\u00fb laisser mes bras \u00e0  l&rsquo;horizontal au moins 2 heures, sans pouvoir les poser. Les arabesques couvraient mes coudes, mes avant-bras, mes mains, mes poignets. Mes cuisses reposaient quant \u00e0  elles sur un coussin sur\u00e9lev\u00e9, les mollets en \u00e9quilibre. Lorsque le henn\u00e9 a commenc\u00e9 \u00e0  s\u00e9cher, on m&rsquo;a appliqu\u00e9 un jus par dessus, afin de cristalliser les cro\u00fbtes form\u00e9es. A l&rsquo;aide d&rsquo;un coton, la soeur de Mohamed appliquait d\u00e9licatement cette pr\u00e9paration \u00e0  base de citron, de miel et d&rsquo;ail.<\/p>\n<p>\n                      <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/mains2.jpg\" alt=\"\" \/> <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/nuages.JPG\" alt=\"\" \/><\/p>\n<p> <strong>L&rsquo;amiti\u00e9 n&rsquo;a pas de fronti\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p> A l&rsquo;heure du repas, il \u00e9tait au moins 22h30. Je devais encore garder les mains comme une pr\u00e9cieuse qui boit le th\u00e9 ! Lorsque le tajine puis le couscous sont arriv\u00e9s, les femmes se sont encore occup\u00e9es de moi. Elles d\u00e9coupaient elles-m\u00eame les morceaux de viande et me les mettaient devant moi pour que je puisse manger. Tant de gentillesse, tant d&rsquo;attention m&rsquo;ont touch\u00e9e. A d\u00e9faut d&rsquo;\u00e9changer des mots \u00e0  l&rsquo;exception de mes \u00ab\u00a0<em>Choukrane<\/em>\u00a0\u00bb (merci en arabe) et <em>\u00ab\u00a0Immime\u00a0\u00bb<\/em> (d\u00e9licieux en berb\u00e8re), nous avons \u00e9chang\u00e9 des regards complices et des sourires sinc\u00e8res. <\/p>\n<p> Au Maroc, j&rsquo;y ai rencontr\u00e9 des femmes de mon \u00e2ge, mais au mode de vie tellement diff\u00e9rent. J&rsquo;ai aim\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 tribal des traditions culinaires et culturelles, j&rsquo;ai ador\u00e9 l&rsquo;ambiance de sympathie qui r\u00e9gnait dans ce foyer. Le temps d&rsquo;une soir\u00e9e, je n&rsquo;\u00e9tais plus une europ\u00e9enne en proie \u00e0  la modernit\u00e9, avec son blog et son PC, j&rsquo;avais tout oubli\u00e9. Lorsque le muezzin de la mosqu\u00e9e a clam\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Allah Wakbah<\/em>&#8230;\u00a0\u00bb vers 22h, des frissons m&rsquo;ont parcouru le corps, le temps \u00e9tait comme suspendu, j&rsquo;avais chang\u00e9 d&rsquo;\u00e9poque, je n&rsquo;\u00e9tais plus en 2006 mais en 1426, date de l&rsquo;\u00e9gire musulman. En repartant de chez Mohamed, sa famille m&rsquo;a offert <strong>un foulard berb\u00e8re rouge et jaune flamboyant<\/strong>. Le coeur serr\u00e9, je poursuivais mes \u00ab\u00a0<em>Choukrane<\/em>\u00ab\u00a0, pein\u00e9e de ne pas pourvoir exprimer en berb\u00e8re toute ma reconnaissance et ma sympathie. <strong>Je suis sortie de la maison du pied gauche<\/strong>, comme la tradition l&rsquo;indique, pour repartir avec les mauvaises ondes et les laisser loin dehors. Dans cette rue escarp\u00e9e, l\u00e0  o\u00f9 j&rsquo;allais retrouver la voiture pour repartir, je portais un foulard sur la t\u00eate et des arabesques couvraient mes membres. J&rsquo;ai regard\u00e9 derri\u00e8re moi cette maison s&rsquo;\u00e9loigner au fil de mes pas et j&rsquo;ai pri\u00e9 <em>\u00ab\u00a0Pourvu que j&rsquo;y revienne un jour, pourvu que Mohamed et sa famille nous rendent visite un jour&#8230; Inch Allah\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Enfin les photos du Maroc&#8230; Apr\u00e8s les avoir vues, vous comprendrez pourquoi ce pays m&rsquo;a touch\u00e9, et pourquoi j&rsquo;y retournerai un jour, <b>\u00ab\u00a0Inch Allah\u00a0\u00bb<\/b>, si Dieu le veut. Il me reste encore en r\u00e9serve beaucoup de photos, mais vous pourrez retrouver dans ce diaporama le best-of de mes prises de vue. Si les photos sont belles, ce n&rsquo;est pas gr\u00e2ce \u00e0  mon petit Fujifim num\u00e9rique, non. C&rsquo;est parce que <b>le Maroc est beau, ouvert et insaisissable<\/b> \u00e0  la fois. Il ne vous laisse pas le choix de l&rsquo;aimer, il vous tient la main et vous montre, doigts point\u00e9s vers ses horizons color\u00e9s, toute sa splendeur. <b>Sur la route de Tafraoute<\/b>, nous faisions des pauses avec notre guide, notre ami Mohamed, pour profiter du paysage. Souvent, j&rsquo;\u00e9tais sans voix, \u00e9mue, saisie par tant de gr\u00e2ce. Ici encore, la nature prend le dessus sur l&rsquo;homme, et j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il saura la pr\u00e9server. Chaque jour, une odeur, un souvenir, un mot me rappelle ce pays. Je ne peux que vous inviter \u00e0  le visiter. Chacun fait comme il le souhaite, mais je vous conseille d&rsquo;\u00e9viter les circuits touristiques bien r\u00f4d\u00e9s. Choisissez un guide local qui vous montrera le vrai Maroc, mangez chez l&rsquo;habitant, sillonnez le d\u00e9sert, arr\u00eatez-vous pour contempler la faune et la flore, regardez des artisans travailler le cuir, l&rsquo;argent, la terre et donnez-vous la chance de le voir tel qu&rsquo;il est : sauvage, inattendu et accueillant.<\/p>\n<p>       <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/tiznit.JPG\" alt=\"\" \/> <img src=\"http:\/\/www.cuisine-campagne.com\/test\/enfants.JPG\" alt=\"\" \/><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[38],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1697"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1697"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1697\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1697"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1697"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.cuisine-campagne.com\/wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}