Et puis, dernièrement, ils ont décidé de l'installer dans un enclos d'au moins 15 hectares. L'objectif était de lui offrir un espace plus grand mais aussi de lui présenter Rigadin, un sanglier de trois ans ayant le même passif que Titine. Retrouvé gravement blessé dans une forêt du coin, âgé de quelques semaines, il a eu la chance de trouver sur son chemin Jean-François, un bûcheron du domaine.

Ainsi, Titine et Rigadin ont pu faire connaissance... Au départ, Monsieur ne s'intéressait guère à la demoiselle qui n'avait pas encore eu ses chaleurs ! Et puis, courant février, on les voyait souvent ensemble. Il y avait de l'amour dans l'air... Trois mois, trois semaines et trois jours après leurs ébats, les petits commençaient à être à l'étroit dans le ventre de leur maman. C'est la règle des trois de la reproduction des laies. Jean-Louis et l'homme-ours la voyaient faire des aller et venues, avec de l'herbe coincée dans la gueule. "Elle fait son chaudron", constatait le garde-chasse, assez fier de voir sa "fille" préparer ce couffin végétal.

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Par chance, l'homme-ours a repéré ce lieu secret et a pu ainsi prendre les photos que vous découvrez maintenant. Ne sont-ils pas adorables ?! Quand il m'a montré ses clichés, je me pâmais d'admiration devant leurs bouilles, leurs arrière-train rappelant celui de chatons, leur pelage tout doux. De manière générale, les bébés des mammifères sont toujours craquants, mais là, je crois que ce principe est encore plus vrai avec les sangliers. C'est fou comme cet animal massif et rustique peut inspirer à la naissance autant de douceur.

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Titine va les allaiter durant 2 à 3 mois, puis elle leur apprendra à se nourrir seuls, de racines, de fruits, de céréales, de champignons, d'insectes et de mollusques (il faut entendre le bruit qu'elle fait quand elle croque un escargot !). Même s'ils peuvent subvenir à leurs besoins vers l'âge de six mois, ils resteront avec leur mère encore une ou deux années.

sanglierrigadin.jpgEt Rigadin dans tout cela ? Malheureusement, il ne pourra jamais voir ses petits ... Chronologie d'une douloureuse nouvelle. Dimanche dernier, Jean-Louis a entendu en fin d'après-midi des coups de feu aux abords de la propriété. Sans attendre, il détale avec son 4X4 en direction de l'enclos des amoureux pour voir si des braconniers traînaient dans les parages. Rien à signaler, aucun sanglier en vue. Lundi matin, c'est un Rigadin gravement blessé à la gueule qui attendait Jean-Louis devant la grille. Les hommes qui avaient sauvé et élevé ce sanglier il y a quelques années de cela ont dû mettre fin à sa vie. L'animal était condamné. D'après un témoin, des hommes roulant au pas dans une voiture grise, ont en effet tiré en direction de la propriété. L'un d'eux était assis sur le rebord de la fenêtre, à l'avant du véhicule et scrutait le domaine. Un acte de pur méchanceté étant donné qu'ils ne pouvaient pas ramasser le corps de l'animal.

En urgence, le coeur serré, Jean-Louis a déplacé Titine dans une partie de forêt sécurisée, ne longeant pas la route départementale. L'après-midi même, la laie commençait son chaudron, mardi matin, elle mettait aux mondes ces bébés. Évidemment, nous avons tous frémis à l'idée que ces pourris auraient pu tirer sur la maman ou sur nous... Les enfants et moi avons sillonné tellement de fois cet enclos pour donner du maïs à Rigadin et Titine. Quand l'homme-ours m'a raconté cette histoire, je n'ai pas pu m'empêcher d'échapper quelques larmes. De tristesse pour Rigadin et d'émotions pour Titine qui a mis au monde ces petits êtres si adorables. Je me console en me disant que l'absence de son mâle est compensée par son nouveau rôle de mère. Au final, la vie a été plus forte que la mort, la descendance de Rigadin est assurée. La petite tribu restera désormais placée loin de la route, loin des hommes et de leur violence.