Et dire que Belle-Île fut un bagne pour jeunes délinquants jusqu'en 1977. La sombre réputation de cet établissement pénitencier a pu être dévoilée grâce aux témoignages d'anciens détenus. En découvrant ce pan de l'histoire belle-îloise, je me fis la réflexion que les conditions de détention dans un cadre aussi idyllique avaient dû amplifier le désarroi de ces adolescents perdus. Ils avaient quartier libre le dimanche après-midi et j'imagine qu'ils ressentaient une furtive liberté en admirant ces paysages.


Donnant, "la plage aux grandes vagues"




C'est ainsi que les enfants appellent la plage de Donnant. Quand le vent souffle sur l'océan, on assiste au ballet incessant des vagues qui éclaboussent les petites cuisses roses des bambins. Ils reviennent tremblotant et nous opposent fièrement un "J'ai pas froid !". Le goûter est dévoré en 2 minutes, pas de temps à perdre, la mer les attend. A les voir courir devant ces vagues, on imagine qu'elles forment des gueules de loup ou de korrigans affamés. De l'eau, du vent, du sable, ces éléments de la nature les distraient mieux que n'importe quelle console de jeux virtuels.

C'est un lieu sauvage exceptionnel, entouré de dunes formant des collines de sable. "On dirait le désert...", me confia un jour Inès. L'endroit reste très fréquenté les jours de beaux temps, mais le paysage n'en reste pas moins reposant. La ligne d'horizon de la mer bleue est sertie par d'immenses rochers. Face à nous, à des milliers de kilomètres, le continent américain. Les photos que vous voyez ci-dessous ont été prises depuis le petit village d'Anterre. Vous distinguez la plage en bas à droite.





Les aiguilles de Port Coton, pour admirer les oiseaux marins

En passant par Bangor puis Kervilahouen, poursuivez votre route en direction des aiguilles de Port Coton. C'est probablement l'un des lieux les plus magiques de l'île. Là-bas, les oiseaux marins ont élus domicile dans les landes dorées. Les goélands argentés ne sont pas farouches, au contraire, leur réputation de rats des mers s'est confirmée durant mon séjour. Ils viennent quémander les restes de nourriture sur les terrasses situées en bord de mer ou au port. Une animatrice de la Maison de la Nature m'a déconseillé de les alimenter, l'espèce étant très invasive. L'oiseau au plumage gris et au bec noir est encore un goéland argenté, juvénile cette fois-ci.





La pointe des Poulains, à la croisée du continent et de l'océan

Les touristes ont tendance à se rabattre vers la pointe des Poulains quand le temps est maussade, faute de pouvoir profiter de la plage. Pourtant, quand le soleil est au zénith, c'est le moment idéal pour admirer la beauté singulière de ce lieu mystérieux. Pour accéder au phare, il faut attendre la marée basse et surtout ne pas flâner trop longtemps au risque de rester piégé, quelques heures seulement. A l'ouest, le regard se porte vers le continent américain, à l'est, vers la France. La sensation d'être au bout du monde. Pour mieux vous en rendre compte, voici une vue aérienne qui me laisse bien rêveuse...





Ster Vraz, une plage propice à la création artistique

C'est une plage bourrée de charme et appréciée pour ses galets et ses coquillages. Je l'ai découverte l'année dernière grâce à une animatrice de la Maison de la Nature qui avait organisé un atelier Land Art. Le principe est simple, il faut glaner des matières organiques et réaliser des compositions artistiques, petites ou gigantesques. En ce mois d'août, ma fille et moi sommes parties bille en tête à la recherche de trésors enfouis dans le sable. La ruée vers l'art pour quelques pépites de nacre. De retour à la maison familiale, nous les avons fixées sur de vieilles planches en bois. On s'écarte un peu du Land Art qui a la particularité d'être éphémère et évolutif dans le temps, mais qu'importe, la matière première de nos "oeuvres artistiques" était 100 % naturelle. L'année prochaine, d'après une idée de ma fille, nous réaliserons ces créations directement à la plage de Ster Vraz, pour figer in situ ces instants de bonheur.





Port Kerel, pour les amateurs de pêche

C'est la plage que nous fréquentons le plus, car située au pied de la maison. Ici, pas de vagues comme à Donnant, c'est le calme absolu. A marée de basse, cette longue étendue de sable permet d'accéder aux rochers immergés dans la mer. Moules, huîtres, tellines, pousse-pieds, crevettes, tourteaux, on y trouve une multitude de friandises iodées. La mer appartient à tous, mais il convient de pratiquer cette pêche amateur de façon modérée et intelligente. Comme pour les plantes sauvages, ne ramassez que quelques spécimens et passez votre chemin s'ils sont trop petits. Alors avis de tempête aux pilleurs qui ne respecteraient pas ces cadeaux de la nature.

Comme l'indique ce graffiti décorant un mur à Palais, Belle-Île n'est pas une poubelle. J'espère que d'ici quelques années, Elle continuera à enchanter mes vacances au bord de l'océan. A très vite pour de nouvelles recettes, toujours de saison.