Dans quel contexte achète-t-on des fraises d’Espagne ?

Chacun se reconnaîtra probablement dans les attitudes décrites ci-dessous :
1 - Céder volontiers à la tentation, "mmh… c'est bon les fraises, oh, il y a même la bombe de chantilly à côté des barquettes, miam" (gouvernance de l’estomac) ;
2 - Se laisser guider par le rapport poids/prix - 500 g de fraises pour 2,50 € ou 250 g de fraises pour 2,90 € ? - sans vraiment regarder la provenance (besoin d’avoir plus pour consommer plus, logique quantitative) ;
3- Connaître les tenants et aboutissants du problème et estimer que cela ne changera pas le cours des choses (culpabilité furtive, désengagement passif). Au final, les points 1 et 2 seront décisifs dans l’achat de ces fraises.
4 - Mettre machinalement les fraises dans son chariot : "je vois donc j’achète" (syndrome consumériste) ;
5 - Savoir que ce n’est pas la saison, que ces fraises engendrent pollution, exploitation d’une main-d’œuvre bon marché, et s’en moquer royalement (attitude de déni totalement assumée).

J’entends, je lis souvent que les consommateurs ne savent pas ce qu’il se passe dans les serres espagnoles, qu’ils ne se doutent pas de la supercherie dont ils sont victimes. Là encore, il est fort probable que ces personnes, une fois sensibilisées, prendront conscience de l’impact négatif de leur achat. Il s’agit pas de pointer du doigt la fadeur des fraises d’Espagne, s’il n’y avait que cela, mais de lever le voile sur une culture nocive à tous niveaux.


    

330 000 t de fraises récoltées dans les serres espagnoles en 2006 (photo WWF)


Le rouge de la honte à Huelva et en Andalousie

L’association WWF en partenariat avec Telabotanica ont dénoncé l'année dernière ce scandale alimentaire encore peu relayé par les médias français. C'est grâce à la chaîne suisse TSF dans une vidéo-choc que l'on peut décrypter les enjeux de cette culture intensive. Voici le triste constat d’une catastrophe écologique en puissance :

- Utilisation massive de produits chimiques pour accélérer la croissance des fraises et limiter leur moisissure (générées par le choc des températures diurnes et nocturnes) ;
- pollution par les déchets de plastique issus des serres (contamination des sols à cause des bâches enduites de pesticides, feux de plastiques...) ;
- déforestation anarchique et illégale ;
- assèchement des zones humides et rivières du Parc National de la Doñana (inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco), déjà lui-même empiété illégalement par la culture des fraises ;
- réduction des nappes phréatiques, dans un contexte où l’Espagne se voit contrainte d’importer de l’eau en France.

Tous ces éléments engendrent la disparition d’espèces végétales et animales (oiseaux migrateurs, lynx…) avec pour seul objectif l’appât du gain. Au plan sanitaire, la question mérite que l’on s’interroge sur les biens-faits de ses fraises. Quel est l’intérêt santé de consommer des fruits pollués ? En achetant ces fraises, on cautionne de façon indirecte des pratiques mettant en péril la biodiversité et la pérennité d’une zone naturelle unique en Europe. Pour vous rendre compte en un coup d'oeil de l'impact de cette mer de plastiques, j'ai voulu vous indiquer l'image satellite que propose Google Map, édifiant. Toutes les zones colorées en vert clair sont des serres... Pour voir de plus près, cliquez sur l'image et une fois sur Google Map, zoomez.



Au plan éthique, ces cultures sont dramatiques pour les ouvriers issus de l’immigration, principale main d‘œuvre de ces cultures intensives. Installés dans des masures, les ''chabolas'', sans eau potable ni électricité, ils travaillent pour ne gagner que quelques euros, au profit de producteurs peu scrupuleux. Les vagues d’immigration ont du bon dans ce cas de figure.


Boycotter les fraises d’Espagne ? Je peux le faire…

Les anti-fraises d’Espagne se revendiqueraient-ils comme l’élite des consommateurs ? Absolument pas, on s’est juste abstenu d’en acheter et quand on a pris connaissance des enjeux de cette aberration économique, écologique, sanitaire et humaine, c’est tout à fait faisable. Je crois que je vais bien, l’absence de fraises dans mon organisme depuis février ne m’a porté préjudice me semble-t-il. Si vous souhaitez soutenir ce boycott, allez consulter le site Ras la Fraise créé par Sandrine du blog San des Frangines. Je tiens à saluer l’engagement de cette blogueuse qui propose la signature d’une pétition dénonçant cette culture. En tant que leader d’opinion, les blogueurs ont certainement un rôle à jouer pour éveiller les consciences et c’est la raison pour laquelle j’ai voulu en parler ici. Prenez une fraise d’Espagne, observez-la, sentez-la et réfléchissez à son histoire, à son parcours. Quelle eau lui ai permis de se développer ? Quelle main l’a cueillie ? Une fois dans votre bouche, vous verrez qu’elle laisse un goût bien amer.


Un tiramisu, avec de la rhubarbe et des fraises de Sologne

Bon allez, restons sur une note positive avec ce tiramisu décliné avec de la rhubarbe et des fraises de Sologne. Dimanche dernier au marché, un petit producteur proposait de jolies barquettes de fraises parfumées. Je les ai payées 3 euros les 250 g, un luxe me direz-vous, mais une fois encore, je préfère manger moins et mieux. J’en ai goûté quelques-unes nature et les autres, je les ai cuisinées pour réaliser ce tiramisu exquis. Disposé dans des verres, il laisse entrevoir les différentes couches de fruits colorés et donne un air de fête à une table de printemps. En achetant des fraises prochainement, j'espère que vous songerez à cet article que j'ai rédigé avec intérêt et convictions. En parler, c'est déjà agir, alors à vous de diffuser l'information.


Ingrédients pour 3 belles verrines
2 œufs - 50 g de sucre glace - 160 g de mascarpone - 250 g de fraises + 30 g de sucre en poudre - 100 ml d’eau - 350 g de rhubarbe + 60 g de sucre en poudre - 3 cuillères à soupe de Marsala - une dizaine de biscuits roses de Reims - quelques pistaches mondées - 1 pincée de sel
Temps de préparation : 30 minutes
Niveau : facile
Coût : moyen

1. Épluchez la rhubarbe, coupez-la en petits tronçons et faites-la cuire à feu moyen dans une casserole avec un fond d’eau durant 15-20 minutes. Mélangez souvent. Lorsqu’elle se transforme en marmelade, incorporez les 60 g de sucre et éteignez le feu.

2. Lavez les fraises, retirez les queues, coupez les fruits en deux. Versez-les dans une poêle avec 100 ml d‘eau et les 30 g de sucre en poudre. Saisissez-les à feu vif 2/3 minutes.

3. Égouttez les fraises dans une passoire et prélevez le jus dans une assiette creuse en dessous. Versez le Marsala dans ce jus et mélangez. Disposez ensuite les fraises dans une assiette pour qu’elles refroidissent.

4. Séparez les jaunes d’œufs des blancs. Dans un saladier, fouettez vivement les jaunes et le sucre glace jusqu’à ce que l’appareil blanchisse. Ajoutez le mascarpone et mélangez bien.

5. Battez les blancs en neige bien ferme avec la pincée de sel. Incorporez-les délicatement au mélange œufs-sucre, réservez.

6. Trempez rapidement recto-verso la moitié des biscuits dans le jus de fraises au Marsala et tapissez-les au fond des verres. Appuyez un peu et au besoin cassez les biscuits pour avoir une couche uniforme. Disposez par dessus la moitié des fraises, la moitié de la compote de rhubarbe et versez la moitié de la crème au mascarpone. Renouvelez l’opération une deuxième fois, dans le même ordre.

7. Tapez les verres d’un grand coup sec sur votre plan de travail et laissez reposer au moins 6 heures au réfrigérateur avant de déguster. Au dernier moment, concassez les pistaches et parsemez-les sur les verres.