Jeudi 5 juillet 2007 à 14h15, gare de Bourges : "Touuu-diii-douuuu... Le train en provenance de Paris-Austerlitz va entrer en gare voie 4. Veuillez vous éloigner de la bordure du quai s'il vous plaît...". Mon coeur se serre, je fais les 400 pas en attendant de voir sortir du train Marion et Ninnie. Je sais que je vais les reconnaître d'après les photos que j'ai vu. Alors ce sera à moi de marcher devant elle et de les accueillir. Un sentiment à la fois grisant et emprunt de pudeur, je me dévoile un peu face à ces femmes que je ne connais que virtuellement. Nos nombreuses conversations auront-elles permis de détendre l'ambiance électrisante ? Si la vie à la campagne m'a certainement quelque peu désociabilisée, j'ai gardé au fond de moi l'envie de communiquer. "Saaaaaalut, ça vaaaaa ?!" Le coffre de la voiture claque et écrase nos sacs de voyage et nos couettes. Marion me propose d'emblée ces scones aux pépites de chocolat et au cumin, belle introduction pour cette première rencontre entre blogueuses culinaires.




18h00 : Seules face à un paysage verdoyant, à croquer quelques feuilles d'achillée. Un vent frais et parfumé aux fleurs de montagne recouvrant les collines arrondies balayent nos visages. Nous sommes presque arrivées dans la ferme-auberge dans laquelle nous allons séjourner. Première pause photos pour garder en mémoire la majestueuse carte postale qui s'offrait à nous. Les longues discussions abordées dans la voiture ont laissé place à un moment de silence. Nous ressentons déjà un sentiment de plénitude, une sérénité commune qui se passe de longs discours.




18h30 : Ma voiture franchit le chemin caillouteux et escarpé de la ferme de Puech Verny. J'ai trouvé l'adresse sur le site Bienvenue à la ferme et je ne regrette pas du tout ce choix. Perché en haut de la vallée de la Jordanne, cette auberge robuste et typique de l'Auvergne est entourée de prairies recouvertes de gentianes, de silènes enflés, de bouillons blancs. Le propriétaire nous accueille avec un grand sourire et nous indique notre emplacement de camping nivelé en hauteur de l'auberge. Les sanitaires sont d'une propreté impeccable, la salle de repas dans laquelle nous prendrons nos petits-déjeuners est magnifique : de belles tables en bois brut avec des bancs, toute une collection de pots à lait et de vaisselle chinés ici et là, une cheminée d'époque, une armoire remplie de confitures maison, nous nous sentons bien et nous regardons toutes les trois avec connivence. En cuisine, nous entendons des bruits de casserole et humons allégrement l'odeur caractéristique d'une cuisine familiale. C'est la mère de la responsable qui se charge de tous les repas. Chapeau bas, elle est seule à gérer jusqu'à 30 couverts ! Choux farcis, pountis, cornets à la crème fouettée n'ont pas de secret pour elle, ses gestes sont presque instinctifs. Une dextérité qui nous a laissé admiratives, une simplicité dans l'échange, un point commun : la cuisine et l'amour des produits du terroir.




19h30 : Pic-nic improvisé sur la petite table disposé à côté de nos tentes. Au menu, muffins au chèvre, à la figue et aux pignons de pin, salade de tomates cerise au Comté, minis quatre-quarts au chocolat et au thé macha réalisés par Marion, riz au lait, cidre et bruine qui se fait persistante. A peine une demi-heure après, il tombe des cordes. Pas de problème, on va sous la tente ! Je donne une couverture de survie à Ninnie qui dort à côté de moi. Je cherche à trouver ma position préférée pour dormir mais ma couette étriquée m'en empêche. Quand je me retourne, je fais rebondir la pauvre Ninnie sur notre super matelas gonflable. Du coup, on a l'impression que quelqu'un se déchaîne sur un rouleau de papier alu. Satanée couverture de survie. Je me mets des bouchons d'oreille et fourre ma tête dans mon oreiller de fortune.

Vendredi 6 juillet à 4h30 : " Plouc, plouc, ploc... plic ! Plouc-plouc, pluc...". Je pose ma main sur mon front, je suis trempée, la tente n'est pas du tout étanche, j'ai perdu mes bouchons d'oreille, je fouille dans mon sac pour en reprendre d'autre et refais sauter Ninnie par la même occasion. Partenaires de choc à chercher le sommeil dans un environnement humide et étouffant.




6h00 : "Meeeeuh !... MOoouUhhh ! Gling-diling-bling-ding !". Je sursaute, je suis persuadée que les vaches grignotent de l'herbe à côté de moi tellement on les entend. Encore paumé mes boules Quiès, je les trouve pas, j'en reprends d'autres.

8h00 : Nous nous réveillons. Sur le matelas jonche ici et là une demi-douzaine de bouchons d'oreille fluos, une boule cosmique étincelante s'est formée au pied de Ninnie, la couverture est trempée, quelle joie d'avoir partagé tout cela ensemble ! Il n'y a pas à dire, c'est dans la difficulté que des amitiés se forment. Vite un petit-déjeuner pour nous remettre de nos émotions : pain de campagne et baguettes croustillantes, beurre de petit-lait, gelée de pommes et de coing, confiture de fraises, fumée de café corsé... D'un commun accord, entre deux trempouilles de tartines, nous décidons de prendre le petit gîte situé face à l'auberge. La patronne nous ouvre la porte et mets le chauffage : le paradis. J'aime ce genre de situation, car en se contentant de peu au départ, on profite beaucoup mieux du confort qui s'offre à nous.

12h30 : Nous arrivons dans la jolie ville d'Aurillac, le temps reste couvert mais il ne pleut plus. Les Européennes du goût est un événement gastronomique qui existe depuis 3 ans et cette année, les blogueurs culinaires sont venus en renfort. Le site est installé le long des berges de la Jordanne. De nombreux stands mettent à l'honneur la cuisine du terroir : fromages de salers, glace aux fleurs, charcuteries, huiles rares, tisanes, confitures et jus de fruits bios... Des ateliers de cuisine animés par des chefs et des blogueurs comme Tit' (qui aura permis de désacraliser la pâte à pizza !), Dorian (très studieux et sérieux, si si je vous jure !) et Mamina (très méticuleuse et concentrée) ont ponctué le séjour, de grands moments de rire et de partage. Mathilde faisait partie de l'organisation et veillait au bon déroulement de ces ateliers, une chouette fille qui n'a pas cessé de se démener pour que ces moments soient chaleureux et festifs. Bavardages, échanges d'astuce de cuisine, rencontre avec des blogueurs de tout horizon : Véro de Cuisine Métisse, notre Patriiiick national (que nous nommons communément "de la mer), Cécile de Toque Toques, Dominique de Cuisine Plurielle, Béatrice de Croc en bouche, Hélène de Mademoiselle Charlotte, Irisa de Cuisine et couleurs... J'ai également eu une discussion intéressante avec une journaliste culinaire de talent, Sophie Brissaud qui collabore pour le magazine Saveurs et auteure du superbe livre La table végétale. Durant ce séjour, nous n'avions pas de repas à heure fixe mais dégustions à bâtons rompus tout ce que l'on nous présentait. Epicuriennes jusqu'au bout !




22h00 : Arrivée au bercail. Que c'est bon de se coucher dans un lit chaud qui ne sent pas le caoutchouc, que c'est cool de refaire le monde avec deux "inconnues" saucissonnées dans leur couette, que c'est chouette de s'endormir paisiblement en rêvant de sandwichs géants au Salers...

Samedi 7 juillet à 9h00 : même petit-déjeuner, on ne s'en lasse pas ! On prépare un peu le coeur serré nos bagages et profitons des premiers éclaircissements pour prendre enfin des photos. Le chat des propriétaires fouine dans nos sacs et s'accroche à nos jeans, la cuisinière en chef nous convie à déguster ses cornets auvergnats, les enfants des campeurs courent avec le chien, décidément la jolie ferme de Puech Verny est un havre de paix.




12h00 : dernière escapade gourmande aux Européennes du goût pour dire au revoir à nos copains blogueurs et terminer nos emplettes. Nous nous en allons un peu le coeur serré mais ravies d'avoir passé ces quelques jours dans le Cantal. Aucune déception, pas même le temps qui s'est fait clément au final. Et puis, ce n'était pas notre priorité, nous souhaitions simplement nous rencontrer, passer de bons moments ensemble, profiter d'un cadre naturel typique et ressourçant, goûter, manger, vivre quoi !

Je vous invite tous à découvrir les Européennes du Goût car au détour de quelque chemin, vous pourrez admirer la beauté singulière de l'Auvergne, ses rondes vallées, ses champs recouverts de fleurs multicolores, ses prairies où paissent tranquillement les vaches de Salers et ses délicieux produits du terroir. La ville d'Aurillac est très accueillante et son centre historique charmant. Pour conclure sur cette épopée, je vous indique quelques uns de mes coups de coeur gourmands.

Fromagerie des vaches de Salers à Riom-è-Montagne : 04 71 78 22 35
Acajou des volcans (viande de Salers, charcuteries et conserves de boeuf) : 04 71 78 88 35
Huilerie de Blot l'Eglise (l'huile de pistache et l'huile d'oeillette sont excellentes) : 04 73 97 49 22
La lentille blonde (lentilles et pois blonds de la Planèze, bocaux, farine, confiture) : 04 71 60 51 57
Famille Ristori (pur jus de fruits bios à la pomme de montagne, framboise, cassis, myrtille, sureau, prune sauvage) : 04 75 94 48 39
Anne Delmas (sorbets, confitures de fleurs et plantes aromatiques) : 05 62 28 32 17

N.B. : Merci à Marion qui m'a autorisé à lui emprunter quelques photos pour illustrer l'article !