Un marché se tenait dans la station de ski où je séjournais, alors en bonne touriste de base, je m'y suis rendue, histoire d'acheter quelques spécialités du coin. Je m'arrête à un stand et aperçois des pancartes énormes indiquant : "Reblochon fermier, fabrication 100 % artisanale". Là immédiatement je sens le coup foireux. Le titre était un peu trop racoleur à mon goût. Je prends un fromage et examine attentivement l'emballage. Je constate déjà que le sigle AOC n'y figure pas. Mauvais signe. A part le titre énorme indiquant "Reblochon fermier", je n'ai pas vu le nom de la ferme dans laquelle ce fromage aurait été fait. Il y avait pourtant une belle photo de vache Abondance dessus, une pâquerette à la bouche, mais à part cela, aucune information réglementaire. Et en terme de poids, je le trouvais bien léger... La commerçante devait se demander pourquoi je tâtais son fromage comme cela. Elle m'interpella avec un sourire figé :

"Il est bon Madame mon Reblochon !

Moi : Peut-être qu'il est bon, mais ce n'est pas du Reblochon...

La commerçante avec une mine déconfite : Oh c'est pas vrai, c'est un bon Reblochon qui est fabriqué dans une ferme du coin, regardez la pastille !
Elle ouvre le fromage et me le montre, outrée.

Moi : La pastille est rouge donc ce n'est pas un fermier mais un laitier.
A ce moment-ci, des badauds tendent l'oreille et écoutent notre conversation.

L'arnaqueuse en colère : Oh elle croit tout savoir celle-là mais elle sait rien du tout ! C'est un bon Reblochon !

Moi qui commence a en avoir assez d'entendre "mon bon Reblochon" : Je ne sais pas tout en effet, mais un vrai Reblochon fermier a une pastille verte et comporte le sigle AOC sur son emballage. En plus, on ne voit aucun nom de ferme, donc c'est du baratin tout cela ma petite dame. Le tourisme a du bon, vous ne me le vendrez pas votre fromage.

La mégère profiteuse : Eh bien croyez ce que vous voulez, mais je suis honnête et pas vous !.
Elle était boursouflée de colère la dame et je comprends, toute sa file d'attente s'est dispersée comme par magie. J'étais contente de moi je crois. A 8 euros le faux Reblochon, nan mais je rêve !


  


Je préfère largement me promener sur un marché que dans les rayons d'un supermarché, seulement il faut croire que les fromages empilés en tas, les grandes ardoises avec les prix notés à la craie et la mine goguenarde d'une commerçante joufflue sont plus vendeurs. Je ne dis que pas que les commerçants présents sur les marchés sont des arnaqueurs. Je remarque simplement que ce n'est pas une preuve infaillible que vous achetez du vrai. Je précise que des fromages artisanaux non labellisés AOC peuvent être très bons. J'en veux pour exemple un producteur de chèvres non loin de chez moi qui propose des fromages savoureux. Le souci, c'est que des fromages non étiquetés peuvent induire le consommateur en erreur. Je ne crois pas que les faux Reblochons de la bonne femme du marché étaient issus d'une ferme du coin, mais plutôt de laiteries peu scrupuleuses. On se perd un peu dans tout cela... Alors pour résumer sur le Reblochon, il en existe deux sortes.

Le fermier qui est fabriqué à la ferme uniquement avec le lait du troupeau, juste après la traite, 2 fois par jour. On le reconnaît grâce à sa pastille verte visible sur la croûte. On propose généralement le fermier sur les plateaux de fromage, pour en apprécier pleinement sa saveur.

Le laitier qui est conçu une fois par jour en laiteries ou en fruitières, reconnaissable à sa pastille rouge. C'est celui que j'utilise dans les tartiflettes ou autres gratins.

Et les vaches dans tout cela ? Ce sont exclusivement des montagnardes, Abondance, Tarine et Montbéliarde qui se nourrissent d'herbes en été et de foin en hiver. Elles mangent également les fleurs sauvages des montagnes les veinardes. Leur alimentation est également complétée par des céréales. Pour en savoir plus sur le Reblochon fermier, ses techniques de fabrication, c'est ici, et il y a même un quiz pour valider vos connaissances sur le sujet.

Enfin, il faut bien regarder les étiquettes. Si aucun nom de ferme, d'exploitation ou de laiterie n'est indiqué, c'est forcément louche. Voilà, j'espère que vous en savez un peu plus désormais sur le Reblochon et que vous aurez encore plus envie de le cuisiner ! Pour la recette, j'ai pris du laitier étant donné qu'il allait cuire. J'ai pané les tranches avec de la farine de châtaigne en espérant relever les notes noisetées du Reblochon et le résultat fut extra. J'ai servi ces sticks croustillants et fondants avec de la viande des Grisons et des jeunes pousses d'épinard. Je sais que ce n'était pas le repas idéal après ma boulimie fromagère, mais à aucun moment je ne l'ai regretté. Chaque bouchée était sublime, le goût était au rendez-vous, c'était simple, authentique, parfait.

                   


Ingrédients (pour 2 personnes)
1/2 Reblochon - 1 oeuf - de la farine de châtaigne - de la chapelure - de la viande des Grisons - de jeunes pousses d'épinard
Temps de réalisation : 10 min
Niveau : facile
Coût : raisonnable

1. Coupez le Reblochon en tranches de 3,5 cm sur 1,5 cm.

2. Battez un oeuf dans un bol. Passez les tranches dans la farine de châtaigne, dans l'oeuf battu puis dans la chapelure.

3. Mettez à dorer dans une poêle avec un fond d'huile de pépins de raisin (ou de tournesol). Comptez 2 minutes maximum de chaque côté. Vous pouvez éponger sur du papier absorbant.

4. Servez chaud avec de la viande des Grisons et les jeunes pousses d'épinard.


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