Ma pâte n'avait absolument pas levé. Résultat, deux galettes toutes dures que j'ai dû donner à mes chiens. Elles étaient tellement compactes que les pauvres toutous ont eu un mal fou à mastiquer ce kloug qui aurait fait pâlir de jalousie Monsieur Preskovic. Ne riez pas, je vous assure que si j'avais balancé ces galettes comme un freeze-bee contre une vitre, je l'aurais pétée en deux. Je me sentais minable, vraiment. Alors j'ai analysé la situation, repris toutes les étapes de la recette pour enfin comprendre mon erreur. Pour lever, la pâte doit être impérativement placée dans un endroit chaud ! Chez moi, il doit faire 18°C, pas plus. J'imaginais que cela suffirait... Je me suis rappelée que le pain réalisé avec Karima avait levé dans les cuisines surchauffées du restaurant. Motivée et déterminée, je me suis remise à l'ouvrage en malaxant la pâte d'une force. La rage de vaincre. J'ai alors disposé mes deux galettes de pain dans une corniche située au-dessus d'un radiateur. Comme par magie, les galettes étaient gonflées et moi enorgueillie de cette première revanche sur la boulange.


  


Les marocaines fabriquent leur pain dans ces grands plats en terre cuite, notamment les socles des tajines. Je trouve que c'est très pratique car on n'étale pas de farine sur le plan de travail et il n'y a aucune perte de pâte. Karima a disposé la farine et le sel dans le plat, a émietté la levure de boulanger fraîche par dessus (aucune dissolution dans l'eau) et a ensuite formé un puits. D'une main, elle tenait le plat, de l'autre elle versait l'eau tiède et mélangeait activement la pâte. Au bout de 5 minutes de pétrissage, elle est devenue moins collante, plus souple, et quelques minutes après, elle était totalement malléable. Après avoir divisé le pâton en deux, elle a écrasé la première boule avec ses doigts bien à plat et l'a ensuite tapé à toute vitesse avec la tranche intérieure de ses mains (l'image qui m'est venue est celle d'une masseuse qui bat énergiquement le dos). Comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessus, elle posait sa main de part et d'autre sur la pâte en se basant sur le diamètre du plat.

Une fois les pains levés, elle les a fait cuire à sec sur une poêle chaude, 5 minutes de chaque côté. J'ai trouvé le procédé très intéressant, car j'étais persuadée que ces galettes cuisaient au four. Karima m'a expliqué que dans les campagnes, certaines marocaines le font cuire dans le plat à tajine (sans le couvercle dessus) qui est alors posé sur les braises. Alors que dire de ce pain marocain ? Qu'il est délicieux ! Sa croûte est craquante, la mie est fondante, son goût rappelle celui de la pâte à pizza. Une fois cuit, on peut le congeler et le passer au four pour le réchauffer. J'ai dernièrement fait des kebabs avec, un délice !

Ingrédients pour deux pains
250 g de farine - 20 g de levure de boulanger - 1 cuillère à café de sel - de l'eau tiède (environ 130 ml)
Temps de préparation : 10 min
Niveau : facile
Coût : pas cher

1. Versez la farine, le sel et la levure émiettée dans une jatte assez large et formez un puits.

2. Faites couler un peu d'eau tiède à l'intérieur du puits et mélangez avec une main (l'autre tenant le plat). Reversez un peu d'eau de façon à absorber toute la farine. La pâte est collante, c'est normal. Poursuivez le pétrissage jusqu'à ce qu'elle devienne souple. Farinez si besoin.

3. Divisez la boule de pâte en deux. Applatissez le premier pâton avec vos mains de façon à former une galette d'un diamètre d'environ 15 cm (3 cm d'épaisseur). Farinez et posez sur un plateau recouvert d'un torchon propre. Répétez l'opération avec l'autre boule de pâte. Couvrez avec un torchon et laissez lever 30 minutes dans un endroit chaud (à côté des plaques, du four, sur un radiateur...).

4. Faites chauffer une poêle à feu moyen. Posez la galette de pain dessus, sans graisse et laissez cuire 5 minutes de chaque côté.