La Sucrine du Berry relevée grâce à la foire de Tranzault

Dès mon arrivée, j'ai interrogé les personnes tenant des stands sur la fameuse Sucrine du Berry. Un nom revenait à chaque fois, "Demandez à Jacques Aubourg, c'est le fondateur de cette manifestation, un enfant de pays passionné de cucurbitacées et de légumes rares". La journée aura passé très vite, faite de rencontres sympathiques et de dégustations gourmandes. Il est 18h30 lorsque je rencontre enfin Monsieur Aubourg. J'apprends que l'histoire de la Sucrine du Berry n'a malheureusement pas été écrite. Les passionnés de cucurbitacées consacraient plus leur temps à la cultiver, à échanger les graines et à la cuisiner. Selon monsieur Aubourg, cette variété de cucurbita muschata serait un hybride fixée fertile, c'est-à -dire un croisement de deux variétés de courges qui permet la fertilisation par les graines (ce qui n'est pas le cas des variétés de type F1, qui mettent en danger la pérennité des semences). C'est grâce à la foire de Tranzault que la Sucrine du Berry a été authentifiée, reconnue et devenue une des plus grandes stars dans la famille des courges. Il y a 20 ans, elle était quasiment inconnue, aucune graine n'était disponible à la vente et on se les échangeait entre jardiniers et collectionneurs de courges, rien de plus. Sa facilité de culture et sa chair si délicieuse ont laissé faire le reste. Désormais la Sucrine du Berry est cuisinée par de grands chefs et partie intégrante du patrimoine biologique berrichon.




En cuisine, elle offre de nombreuses possibilités. Sa goût sucré permet de l'associer aussi bien aux recettes salées qu'au dessert. Contrairement à la courge butternut, une fois cuite, elle reste assez juteuse et son goût reste assez proche de la citrouille. Traditionnellement, elle est utilisée dans les potages, le citrouillat, et pour confectionner des confitures. Je travaille actuellement sur différentes façons de la cuisiner, je ne manquerai pas de vous faire partager prochainement mes expériences culinaires.




Un rendez-vous pour les passionnés de légumes et fruits anciens

Cette fête est l'occasion pour tout novice ou jardinier amateur de découvrir des légumes anciens. Même si les cucurbitacées sont les plus mises à l'honneur, Sucrine du Berry oblige, la foire de Tranzault propose une visite relativement exhaustive des productions maraîchères sortant des sentiers battus. Les tomates y sont largement présentées. Une question m'est alors venue lorsque j'ai découvert toutes ces belles tomates, début octobre. La personne les a tout simplement semées tardivement et placées sous serre pour qu'elles ne craignent pas le froid et l'excès d'humidité. Je connaissais déjà certaines espèces, que j'avais semé et planté dans mon potager. Regardez la bannière de mon blog ! Vous pouvez apercevoir des tomates Coeur de boeuf, des Rose de Berne et des Evergreen. Je n'ai vraiment pas été déçue, j'ai eu des pieds très productif, malgré des conditions météorologiques défavorables. L'année prochaine, je me lance avec la tomate ananas (bonne grosseur, fournie comme la Coeur de boeuf), la Green Zébra (verte clair avec des rayures kaki), la Banana Leg's (en forme de banane), Russian Lime (en forme de citron) et la Saint Jean d'Angely (bicolore oblongue verte et rouge). Je les choisis non seulement pour leurs couleurs mais aussi pour leurs divers usages en cuisine. Je vous tiendrai informés l'été prochain. Pour découvrir de plus près les noms de ces légumes et fruits anciens, cliquez sur les photos.


Toujours dans le registre des légumes du soleil, j'ai été surprise par le nombre important de variétés d'aubergines, de piments et de poivrons. Des formes parfois improbables ou empruntées à la nature, telles que les aubergines oeufs blancs, des piments en forme de cerise ou caméléon. Cliquez sur les photos pour accéder à une page web proposant un plus grand format (si les étiquettes ne sont pas visibles, il faut de nouveau cliquer sur l'image et sur l'icône d'agrandissement situé en bas à droite).




Je suis repartie de Tranzault avec des Vitelottes, ces petites pommes de terre allongées à la chair violacée. J'en ai placé 1 kg dans une cagette à la cave. Dès les beaux jours, je les ferai germer pour les planter ensuite dans mon potager. Vivement la saison prochaine, j'ai déjà hâte d'y être !


Quelques produits locaux et gourmandises

Etant partie assez tôt pour ne rien louper de la fête, je n'avais pas mangé le midi. Je comptais bien trouver quelques gourmandises sur place pour combler mon ventre déjà affamé. En arrivant, j'ai laissé mon nez me conduire jusqu'aux stands qui proposaient d'appétissants plats, à base de courges bien sûr. Malgré le soleil radieux et les 25°C avoisinant, j'ai commencé par siroter une soupe à la Sucrine du Berry. Une soupe par cette chaleur ? Vous me direz que c'est comme manger de la glace en automne ! Pour ma part, la gourmandise n'a pas de frontières, encore moins celles des saisons, surtout lorsqu'il s'agit de manger de la courge. J'ai enchaîné la suite de mon repas avec des frites de Patidou.


On l'appelle également Sweet Dumpling ou Edible pumpkin, nom que les anglais lui ont donné tellement sa chair est succulente (edible = comestible). Comme vous pouvez le voir sur la photo, elle se laisse manger avec la peau, tout comme les potimarrons ou les Jack Be Little. Un régal ces frites... En guise de dessert, j'ai mangé un gâteau fondant à la noix de coco et à la Sucrine du Berry. Je n'ai pas pris de photos mais il ressemblait à une des créations de Ninnie. La personne qui m'a vendu cette pâtisserie proposaient également des confitures très originales : framboise-melon, tomate rouge-vanille, mirabelles-tilleul, pêche de vigne-poivre... Et parce que je suis une fan de chocolat, je n'ai pas pu résister à une tablette de chocolat aux graines de courges. Enfin, je n'oublierai pas de mentionner la bière à la Sucrine du Berry, un vrai délice !




Le concours de la citrouille la plus lourde

Il attire beaucoup de badauds autour de la scène qui lui est dédiée. Chaque année, des producteurs amateurs de citrouille participent à ce concours populaire hérité de la tradition américaine. Le spectacle est à voir au moins une fois, pour constater l'énormité des spécimens pesés. Cependant, quand on analyse un peu ce jeu, il s'agit d'une concurrence potagère où les engrais chimiques et des quantités incroyables d'eau sont fournis pour le concours de la plus grosse Atlantic Giant (record américain en 1996 avec 482 kg). D'autant plus qu'elles ne sont pas comestibles. Quoiqu'il en soit, l'intérêt de cet événement réside au moins dans le fait qu'il draine des visiteurs curieux, permettant ainsi à l'association de faire découvrir d'autres variétés que ces géantes américaines.




Les bonnes adresses



Cette liste n'est pas exhaustive, mais elle permet tout de même de faire un bon tour d'horizon. Si vous connaissez des restaurants, des marchés ou des événements en rapport avec les légumes et les fruits anciens, contactez-moi par mail, je mettrai à jour cette liste.

Quelques exposants de la Foire de Tranzault

Les délices d'Elise : une berrichonne qui fait tout ce que j'aime ! Des confitures originales, des gelées aux fleurs de pissenlit, à l'ortie, des gâteaux aux potirons...
Vente direct à la ferme
Les petites chapelles, 36110 Brion - Tél. : 02 54 35 86 27

Les jardins du Nahon : un couple d'horticulteurs passionnés de cucurbitacées
11 place Saint-Martin, 36180 Heugnes - Tél. : 02 54 39 01 23

Philippe Marolle : un collectionneur amateur de légumes anciens
Saint-Martin, 28290 Saint Pellerin - Tél. : 02 37 98 86 00

Harmonic : un artisan confiturier berrichon réputé. Ce compositeur de saveurs exporte partout dans le monde (USA, Japon...) et a reçu en 2004 le prix Gault & Millau mention raffiné pour ses gourmandises. Il produit de délicieux sirops, confits, confitures et chocolats AB (cf aux graines de courge)
10 grande Rue, 18380 Ivoy-le-Pré - Tél. : 02 48 58 85 55

Max Timbert : ce plasticien culinaire façonne et sculpte des courges pour leur donner un relief incroyable. Avec une pastèque, il parvient à réaliser une fleur de lotus, avec une Sucrine du Berry, le profil d'un dragon. Il a acquis ces techniques au Japon, en Corée, en Chine et Thaïlande et depuis son retour en France, cette passion est devenue son activité professionnelle. Pour voir une de ses réalisations, visitez mon diaporama.
Tél. : 06 20 52 46 59


Pour vous procurer des graines de légumes et de fruits anciens

Biaugerme
La ferme de Sainte-Marthe : un article lui a été consacré ce mois-ci dans Régal n°13
Graines Kokopelli


Pour découvrir des potagers conservatoires

Oh légumes oubliés (33)
Le château de Valmer (37)
Le château de la bourdaisière et son potager de tomates (400 espèces)


Dans quels restaurants sert-on des légumes et fruits anciens ?

L'arpège (75)
Le jardin gourmand (89)


Où en acheter ?

Joël Thiebault (marchés parisiens)
Le haut du panier (livraison à domicile dans le 75)


Quelques livres sur les légumes et fruits anciens

Cuisiner les légumes anciens, de José Vidala

Tomates d'hier et d'aujourd'hui, de Louis-Albert de Broglie, Dominique Guéroult, Marc Dantan

Le grand livre des légumes oubliés, de Nicole Prades, Jean-Baptiste Prades

Le grand livre des fruits retrouvés, de Nicole Prades, Jean-Baptiste Prades

Le potager de ma Grand-Mère : saveurs de légumes oubliés, de Bernard Lafon, Vincent Thibert, Isabelle Lafon, Régis Mac

Le temps des courges : 100 recettes pour mieux les connaître et les cuisiner, de Manon Saint-Amant

Potirons, courges et autres cucurbitacées, d'Estérelle Payany
Pour accéder au blog d'Estérelle, c'est ici .

Potirons, courges & Co, de Thomas Feller

Trésors de courges et de potirons, de Bruno Defay

Légumes oubliés, je vous aime... de Béatrice Vigot-Lagandré

Potirons, potimarrons, je vous aime... de Béatrice Vigot-Lagandré
Cette journaliste culinaire anime par ailleurs des ateliers de cuisine dans le cadre de Fraîch'attitude, le prochain étant sur les légumes anciens mais il est complet. Je suis sûre qu'il remportera un franc succès et j'espère que le thème sera renouvelé prochainement.


GALERIE DE PHOTOS !


Si vous êtes de passage dans le Berry l'automne prochain, pensez-y, vous passerez une journée gourmande, avec des personnes abordables, passionnées de nature et de cuisine. Ce rendez-vous est d'autant plus intéressant qu'il permet de promouvoir des variétés oubliées et qui risqueraient de l'être sans l'intervention de ces associations . Aimer, cultiver et manger les légumes et fruits anciens, c'est aussi leur permettre de subsister le plus longtemps possible, et de refuser la concurrence parfois déloyale de légumes hybrides mettant en péril les semences futures.